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Le magazine de la Banque Privée du Crédit Agricole

Nous défendons une architecture flexible

16 juin
Immobilier

il y a 5 mois

Pour Anne Speicher, Directrice générale du bureau parisien de l’agence d’architectes franco-autrichienne Baumschlager-Eberlé, tout projet doit être durable et en lien avec l’espace public.

- Vous êtes architecte et urbaniste. Pourquoi associer les deux ?

Il est impensable d’envisager un projet architectural sans comprendre le lieu. Nous commençons toujours nos projets par un manifeste dans lequel nous déterminons leur inscription dans le tissu urbain et le paysage. Nous voulons créer des relations avec notre environnement donc comprendre le site, s’en inspirer et le renforcer. Il s’agit de "clarifier" l’espace public pour le rendre plus lisible. En tant que chef d’orchestre du projet, l’architecte doit aussi tenir compte de la réglementation, de la fonctionnalité du lieu et du site.
A titre d’exemple, nous construisons pour le Crédit Agricole un immeuble de 23 000 m2 de bureaux à La Porte des Lilas à Paris. Une fois achevé, ce sera "l’adresse" de toute la ZAC (zone d’aménagement concerté) par sa puissance architecturale et son emplacement car il sera visible depuis le périphérique. C’est un enjeu important pour le Crédit Agricole mais aussi pour la ville car ce bâtiment a vocation à rester longtemps et a un rôle à jouer sur la vie du quartier. D’où l’importance, d’ailleurs, d’avoir des commerces à proximité, preuve d’une mixité d’usage.

- Quel rôle joue le bâti dans notre environnement ?

Cela dépend de la finalité du bâtiment : habitation ou tertiaire. La question clé est de savoir ce que le projet immobilier apporte à l’espace public. Faire en sorte qu’il l’améliore. Nous défendons une architecture flexible. La conception des espaces doit être la plus neutre possible pour permettre d’éventuelles modifications futures : un immeuble de bureau est-il recyclable en logements, par exemple ? Pour cela, la structure primaire (façade porteuse, escaliers...) doit être pensée afin que le reste puisse être transformé. Sa qualité détermine la longévité d’une construction. Actuellement, nous travaillons sur la restructuration d’un lycée des années 1960 dans le nord de Paris qui n’est plus aux normes, notamment en matière d’isolement. Nous allons construire un nouveau lycée et transformer l’ancien bâtiment en habitat pour les professeurs et en internat. De même, nous travaillons sur une tour des années 1990 à La Défense avec peu d’isolation et d’ouverture d’où une faible luminosité. Nous changeons la façade existante et ajoutons une extension avec, à l’arrivée, une toute nouvelle tour.
Aujourd’hui, les réhabilitations et conversions de bâtiments sont une véritable nécessité constatée partout en Europe pour s’adapter notamment à l’évolution des modes de vie et des caractéristiques thermiques des bâtiments, pour minimiser la consommation d’énergie et optimiser le confort.

- Au-delà du cahier des charges, qu’essayez-vous d’apporter en plus quand vous travaillez sur un projet ?

Certes, le cahier de charges et le budget doivent être respectés. Mais au-delà, nous souhaitons susciter des émotions par la "sculpture urbaine" qui doit s’inscrire dans une durabilité, tant écologique qu’économique et sociale. Mais ce qui rend un projet réellement durable, c’est d’être accepté culturellement en développant une relation entre le bâtiment et son environnement.
Par ailleurs, l’émotion passe aussi par les matériaux utilisés, en privilégiant les artisans locaux, les ressources régionales. Cela crée une authenticité mais aussi une proximité sociale et économique. L’authentique se réfère à l’humain, d’où l’importance d’avoir un bon ressenti entre le commanditaire, les équipes de maîtrise d’ouvrage et l’architecte.

- Pouvons-nous reconnecter l’homme à la nature par l’immobilier ?

Absolument. Il y a une envie de renouer avec la nature qui répond à un souhait de mieux-être. Mais aussi de faire entrer l’extérieur à l’intérieur. Il y a également une tendance à « végétaliser » les bâtiments comme la façade du musée du Quai Branly, ou encore de travailler avec des matériaux non toxiques.
Le bâtiment 2226 que nous avons construit à Lustentau en Autriche en 2013 en est une parfaite illustration. C’est un immeuble sans système de chauffage, ni climatisation et pour autant sa température oscille naturellement entre 22 et 26 degrés. Cette structure à usage mixte (galerie d’art, restaurant, bureaux, logements) est conçue de telle sorte que tout le monde peut l’utiliser. En outre, de par sa conception et ses matériaux naturels, elle consomme le moins possible. Les flux d’énergie sont contrôlés par un logiciel, même s’il est important que l’homme garde la main sur la fonctionnalité de l’immeuble. A titre d’exemple, en hiver, les vantaux ne s’ouvrent que si le volume de dioxyde de carbone augmente dans la pièce.
Ce bâtiment est uniquement construit à partir de produits bios de la région puisque l’enduit calcaire a été réalisé avec de la roche extraite dans la région. De plus, il n’y a aucune peinture ou produit toxique et le mobilier est fabriqué à l’ancienne, à savoir sans colle ni vis. Tout cela donne au bâtiment une authenticité.

- Comment prenez-vous en compte les nouvelles normes environnementales, énergétiques ?

C’est réglementaire donc obligatoire. On va essayer d’atteindre certaines valeurs liées à la réglementation passivement, c’est-à-dire en étant plus innovant par une conception intelligente des bâtiments. Il s’agit de savoir comment répondre à cette réglementation afin de consommer le moins possible.

- Quelle est la finalité du Grand Paris Express ?

L’objectif du Grand Paris Express et des différentes lignes de tramway est de favoriser la mobilité, notamment en reconnectant les banlieues entre-elles. Il s’agit de redonner vie à l’Île-de-France, en améliorant la qualité de vie, en la rendant plus écologique. L’urbanisme reflète toujours une position politique et économique d’un pays. Il s’agit ici de faire évoluer le centralisme français.

- Quelle est pour vous la ville idéale ?

Pour moi c’est Paris. Le monde entier vient en Europe pour visiter nos villes et en premier lieu Paris. La capitale française présente toutes ces valeurs de proximité, de mixité d’usage (tertiaire et habitation), de partage. On peut vivre, travailler, se nourrir, se distraire à l’échelle d’un quartier. Il y a aussi une hiérarchie entre les rues, une orientation facile.

Pour en savoir plus sur le projet 2226