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Le magazine de la Banque Privée du Crédit Agricole

« Nos préférences se portent sur les actions, mais de manière sélective »

20 mar
Investissement

il y a 3 mois

Didier Borowski, Responsable de la recherche macroéconomique globale chez Amundi, filiale de gestion d’actifs du Crédit Agricole, explique en quoi le cycle de croissance économique se poursuivra. Il livre aussi ses choix de classes d’actifs et thèmes d’investissement.

En 2018, la croissance économique synchronisée va-t-elle se pour-suivre au niveau mondial ?

La conjoncture économique mondiale demeure très bien orientée grâce notamment à des conditions financières toujours globalement très accommodantes, et qui le restent en dépit de la récente correction sur les marchés. Dans la plupart des pays, la croissance est avant tout soutenue par la demande domestique. On observe par ailleurs une reprise de l’investissement qui tend à doper le commerce mondial, ce qui, en retour, stimule la croissance mondiale. Par essence, plus la reprise est synchronisée, plus elle s’avère robuste. En revanche, il convient de garder à l’esprit que cette reprise est purement cyclique. Nous n’avons d’ailleurs pas revu nos hypothèses de croissance tendancielle de moyen terme. Autre fait marquant : à ce stade, cette reprise ne s’accompagne quasiment pas de pressions inflationnistes, notamment du côté des salaires.

Quelles sont vos prévisions ?

La croissance mondiale devrait légèrement accélérer passant de 3,8% en 2017 à 3,9 % en moyenne en 2018. Aux Etats-Unis, elle atteindra au minimum 2,7 % : la croissance qui bénéficie déjà de la dynamique de la demande domestique sera stimulée par les baisses d’impôts ; elle pourrait même frôler les 3 % cette année à la suite de la hausse prévue des dépenses publiques récemment annoncée. En zone euro, la reprise, qui est avant tout tirée par la demande privée, se diffuse à tous les pays ; nous anticipons une stabilité de la croissance à 2,4 %, dont 2 % en France. Enfin au Japon, même si la croissance se tasse un peu, la tendance à la reprise de l’investissement se con-firme et la croissance devrait s’établir à 1,2 %. Le « bloc émergent » progressera aussi (5 % attendu). Quant à la Chine, l’économie devrait continuer de ralentir (6,6 % en 2018), mais sur fond d’une accélération des réformes structurelles, ce qui accroît la résilience de l’économie chinoise.

Qu’attendre des banques centrales ?

Elles vont rester prudentes et recalibrer leur politique monétaire de façon très graduelle. Ceci dit, la période d’expansion économique actuelle ne justifie plus le niveau d’accommodation monétaire mondiale. Aux Etats-Unis, nous anticipons trois hausses des taux de la Réserve fédérale en 2018, voire quatre si l’inflation accélère et que la conjoncture reste bien orientée en fin d’année. En zone euro, la Banque centrale européenne (BCE) a annoncé qu’elle poursuivra ses achats de titres au rythme de 30 milliards d’euros par mois jusqu’en septembre prochain. Si, comme nous l’attendons, l’inflation se ressaisit un peu, la BCE devrait progressivement cesser d’acheter des titres d’ici la fin de l’année. Mais il est clair qu’elle n’augmentera pas ses taux d’intérêt avant 2019. Quant à la Banque du Japon, elle maintiendra des conditions monétaires très accommodantes. Mis bout à bout, la liquidité des banques centrales devrait rester stable en 2018 pour se replier à partir de 2019. Dans la mesure où l’expansion de cette liquidité a dopé le prix des actifs au cours des dernières années, cette évolution devait contribuer à maintenir la volatilité sur les marchés à un niveau élevé.

Faut-il anticiper une remontée des taux d’intérêt ?

La persistance d’un excès de liquidité mondiale limitera le potentiel de hausse des taux longs américains qui devraient rester en voisinage de 3 % fin 2018. Mais on ne peut exclure une remontée plus nette au-delà de ce niveau dans les mois qui viennent, notamment si l’inflation accélère un peu plus qu’attendu. En zone euro, la réduction des achats de titres de la BCE est un support en moins pour le marché obligataire, d’où une remontée attendue des taux d’intérêt à long terme. En définitive, les rendements des emprunts d’Etat allemand et français à 10 ans pourraient respectivement monter à 1 % et entre 1,30 % et 1,40 % en fin d’année.

Malgré une conjoncture économique très favorable, quels sont les risques identifiés ?

Les risques politiques ont quasiment disparu en zone euro. A contrario, il y en a davantage aux Etats-Unis avec la montée des pressions protectionnistes liées à l’approche des élections de mi-mandat en novembre prochain. Cependant, les risques majeurs pour 2018 sont davantage d’ordre macro-financier. Il reste des inconnues à commencer par la stratégie des banques centrales. Un rebond plus marqué que prévu de l’inflation pourrait conduire à une remontée de leurs taux directeurs plus marquée que prévu. Nous accordons néanmoins une faible probabilité à ce scénario en continuant de tabler sur une accélération modeste de l’inflation. De notre point de vue, l’année 2018 sera plus compliquée sur les marchés financiers que 2017. Le regain récent de volatilité était prévisible. Elle devrait rester élevée ne serait-ce qu’en raison de l’incertitude sur la poursuite de ce cycle à l’horizon 2019-2020 notamment aux Etats-Unis. Enfin, les tensions géopolitiques (Moyen-Orient, Corée du Nord) sont récurrentes et doivent être prises en considération dans la construction des portefeuilles.

Quel impact peut avoir la hausse récente de l’euro ?

Jusqu’à une période récente, l’euro était sous-évalué. A moins de 1,25 dollar pour un euro, nous restons confiants sur la poursuite de la reprise cyclique en zone euro. Son niveau actuel ne pose pas de vrai problème de compétitivité. En revanche, il faut être attentif à ce qu’il ne s’emballe pas car ce sont les mouvements brutaux de la devise qui sont dommageables pour la confiance et donc l’activité économique.

Dans ce contexte, faut-il privilégier les actifs risqués ?

L’environnement plaide toujours en faveur des actions. Nos préférences se portent sur les titres de la zone euro, du Japon et de certains pays émergents (d’Asie en particulier) qui combinent des perspectives de bénéfices par action plus élevées et de meilleure qualité. En revanche, nous restons à l’écart du marché américain dont certaines valeurs nous semblent trop chères. Nous nous attendons à une année beaucoup moins directionnelle qu’en 2017. Des à-coups sont à prévoir. La recherche de valeur viendra avant tout de la sélection des titres et d’une gestion active. Cela devrait s’accompagner d’une rotation entre régions, secteurs et types de valeurs.

Le marché des obligations d’entreprise - que nous préférerons aux emprunts d’Etat – devrait continuer de bénéficier de la bonne conjoncture en 2018, notamment en zone euro. Enfin, dans la perspective d’une possible accélération de l’inflation, on peut également envisager de surpondérer les obligations indexées sur l’inflation afin de s’en prémunir.

Des thèmes d’investissement vous semble-t-il davantage porteurs ?

Les valeurs financières (notamment les banques) de la zone euro présentent un intérêt car elles devraient bénéficier de la remontée des taux longs. De même pour les valeurs liées au cycle d’investissement mondial qui pourraient tirer leur épingle du jeu.

Dans la zone euro, les petites et moyennes capitalisations devraient continuer de bénéficier de la solidité de la demande domestique. Enfin, l’immobilier commercial continue d’offrir un rendement attractif (grâce aux loyers) malgré des prix déjà élevés. Mais en toute matière, il faudra être plus prudent et sé-lectif qu’en 2017 : les arbres ne montent pas jusqu’au ciel.


Didier Borowski, Responsable de la recherche macroéconomique globale chez Amundi, filiale de gestion d’actifs du Crédit Agricole