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L’AOC châtaigne des Cévennes, un macaron pour relancer le marron

26/11/2020 - 3 min de lecture

Rubrique : Tendances

#Décryptage

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L’AOC châtaigne des Cévennes, un macaron pour relancer le marron

La toute fraiche AOC concerne les châtaignes fraiches, les châtaignes épluchées sèches et la farine. Les quelques centaines de castanéiculteurs du Gard, de l’Hérault et de la Lozère comptent bien en récolter les fruits, même s’il faudra du temps et en espérant que le temps ne finisse pas par griller les châtaignes sur pied. La demande d’AOP est en cours.

Aguyane, Marron d’Olargues, Méjane, Pellegrine, Rabaïraise, Sardonne, Vivarais... ce sont quelques-unes des 30 variétés inscrites dans le cahier des charges de la toute nouvelle AOC Châtaigne des Cévennes. La nouvelle est tombée courant septembre, à la veille de la récolte. Autant dire que rien n’était prêt pour apposer le logo AOC tout frais émoulu sur la toute fraîche récolte 2020. « Si la châtaigne fraiche n’en a pas en profité, ce sera le cas pour les châtaignes épluchées sèches et la farine », positive Nadia Vidal, présidente de l’Association des producteurs de châtaigne des Cévennes, désormais ODG de l’appellation. L’obtention de l’AOC conclut un chantier ouvert il y a 15 ans. « L’AOC est un précieux sésame mais ce n’est pas un aboutissement, c’est au contraire le début d’une nouvelle ère », poursuit la productrice qui exploite un verger de 2,5 ha au Collet de Deze (Lozère) et dont la production est en partie transformée en confiture, purée, sirop, et farine.

L’histoire la châtaigne cévenole remonte au XIème siècle. Pendant des siècles, la châtaigneraie, qui couvrira jusqu’à 50 000 ha, sera l’épicentre d’un écosystème où « l’arbre pain » nourrit les paysans cévenols et leurs cochons, les feuilles et sous-bois leurs brebis et leurs chèvres tandis que le bois façonne les planchers, les meubles et les charpentes (les cercueils aussi), les rejets étant utilisés pour la vannerie (et les berceaux). On n’oublie pas le caractère mellifère de l’espèce. Si la Politique agricole commune avait existé à l’époque, elle aurait fait du châtaignier son troisième pilier.

Las, la châtaigneraie décline au XXème siècle sous l’effet de l’exode rural, du gel et de problèmes sanitaires. Les vergers se transforment en peuplements forestiers et en taillis. Leur établissement en terrasses, qui fait toute leur singularité et leur typicité, se montre rétif à la mécanisation. Au début du XXIème siècle, la châtaigneraie exploitée a fondu pour compter environ 1 500 ha répartis entre quelques centaines de producteurs. Jusqu’à ce qu’une poignée d’entre eux décide d’inverser le cours de l’histoire. L’Ardèche voisine qui a décroché son AOC en 2006 a démontré que c’était possible. Mais pas forcément simple. « Il y a une châtaigneraie sur toute exploitation cévenole », souligne Nadia Vidal. « L’AOC va nous permettre de soutenir le processus de rénovation des vergers. On vise une progression d’une vingtaine d’hectares par an ».

PAS DE BOGUES DANS LA POCHE

Pour motiver la rénovation ou la plantation, la fierté d’avoir décroché le plus prestigieux des signes d’origine et de qualité ne suffira pas. Il faudra que les castanéiculteurs retrouvent dans leurs poches les fruits de leurs efforts et pas les bogues piquantes de leurs châtaignes. Si l’AOC ardéchoise est un modèle, une autre AOC, cévenole celle-là, pourrait faire office de vigie. « L’AOC oignon doux des Cévennes est un bon exemple à suivre », analyse Gaëtan Reilhan. Le jeune agriculteur, qui en cultive 1,2 ha à Mandagout (Gard), sur les contreforts du Mont Aigoual, est bien placé pour en parler, en tant que président de la coopérative Origine Cévennes, basée à Saint-André-de-Majencoules (Gard). Outre l’oignon, il cultive aussi 2,5 ha de châtaigniers. « La châtaigne est une filière naissante qu’il nous faut structurer », poursuit le castanéiculteur. « On voit ici ou là des petites structures émerger, souvent en double activité, car la viabilité économique n’est pas garantie. Aujourd’hui, on a l’AOC, on a le savoir-faire, on a les outils pour aller chercher de la valeur ajoutée, assurer le développement du verger et l’installation de jeunes producteurs ».

DES CHATAIGNES GRILLÉES SUR PIED ?

La filière ne part pas de zéro. Outre la coopérative Origine Cévennes, l’AOC peut s’appuyer sur un autre metteur en marché coopératif avec la Sica du Caroux basée dans l’Hérault. Sur la zone de l’AOC, qui couvre une partie des départements du Gard, de l’Hérault et de la Lozère, ainsi que quelques communes de l’Aveyron et du Tarn, une petite dizaine de d’opérateurs assurent sa transformation. Et constituent autant de faire-valoir potentiels.

« Outre l’organisation de la production et de la mise en marché, un autre enjeu va résider dans la mise en avant des vertus nutritionnelles de la châtaigne », déclare Nadia Vidal. « Ces qualités, je pense notamment à la farine sans gluten, elles peuvent être mises à profit tout au long de l’année via la diversité des produits, et pas seulement à l’automne au moment de la récolte avec la consommation en frais. La châtaigne des Cévennes, c’est toute l’année ». Mais pour savourer les marrons glacés, encore faudra-t-il que l’été ne grille les fruits prématurément sur pied. « Avec des printemps plus secs et des étés excessivement chauds, le châtaignier est malheureusement à la merci du changement climatique », indique Nadia Vidal. Une menace sans véritable parade.

Un article de Raphaël Lecocq


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© Pleinchamp – Novembre 2020
Article à caractère informatif et publicitaire.

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