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Le magazine de la Banque Privée du Crédit Agricole

Notre allocation devrait évoluer en faveur des actifs émergents

17 jan
Investissement

17 janvier

Philippe Ithurbide, Directeur Recherche, Stratégie et Analyse d’Amundi Asset Management, filiale de gestion d’actifs de Crédit Agricole SA, livre ses prévisions économiques pour 2017 ainsi que ses choix d’allocation d’actifs et thèmes d’investissement.

2017 s’annonce comme une année charnière. Qu’anticipez-vous sur le plan macroéconomique ?

L’année 2017 risque de concrétiser ce qu’on subodorait pour 2016, à savoir la fin de l’efficacité des politiques monétaires et la résurgence des débats sur les politiques budgétaires et fiscales. Elle est charnière à deux titres : un changement de leadership en Europe au moment où l’Union européenne (UE) négocie "son divorce" avec le Royaume-Uni ; la capacité de l’administration Trump à mettre en place sa politique budgétaire et fiscale.
Avec le changement de politique attendu, le taux de croissance aux Etats-Unis devrait progresser à 2% en 2017 (1,5% en 2016). Il y a des craintes sur le Royaume-Uni (1% contre 1,5%), pas de progression au Japon (0,7% contre 0,6%), maintien d’une croissance autour de 1,3% - 1,5% en zone euro. Le bloc émergent progresse grâce notamment au Brésil (-0,5% contre -2,5%) et la Russie (1% contre -0,7%) qui sortent graduellement de récession. Au total, la croissance globale devrait être en légère hausse cette année à 3,2% contre 3% en 2016.

Quels sont les événements à suivre particulièrement ?

Les négociations sur le Brexit (sortie du Royaume-Uni de l’UE) qui devraient commencer au premier trimestre et qui pourraient ajouter de la volatilité sur les marchés financiers. Les discussions entre Donald Trump et le Congrès seront aussi suivies de près. Ainsi que les élections en Europe, notamment en France, Allemagne et Italie.

Que peut changer l’élection de Donald Trump ?

Si les entreprises américaines ne décident pas de rapatrier leurs activités, sont évoquées, entre autres, de fortes taxes sur les produits importés. Economiquement, le Congrès peut voter en faveur d’une relance budgétaire pour financer des infrastructures et des baisses d’impôts pour stimuler la consommation. En revanche, Donald Trump ne devrait pas intervenir sur la politique monétaire car il a besoin de croissance et donc d’une Réserve fédérale qui soutient sa politique économique. Enfin, la position pro-russe de Donald Trump constitue une inflexion de la diplomatie américaine et un vrai changement pour l’Europe.

La Fed a commencé à remonter ses taux et devrait continuer cette année. Les banques centrales vont-elles rester à la manoeuvre ?

En 2016, huit pays du G10 ont assoupli leur politique monétaire. Sur les 120 plus grands pays du monde, 85% ont un taux d’inflation inférieur à la cible de leur banque centrale et 20% une inflation négative. Les politiques monétaires resteront donc accommodantes car l’inflation est modérée. La Fed n’a resserré ses taux qu’une seule fois en 2016. Rien à voir avec ce qu’elle avait fait entre juin 2004 et juin 2006 où les taux étaient passés de 1% à 5,25%.
Pour 2017, nous anticipons deux à trois resserrements de 25 points de base chacun. Nous sommes loin d’une vraie normalisation monétaire. Les banques centrales vont donc rester à la manoeuvre. La Banque du Japon n’a pas d’autre choix et continuera à acheter des obligations ; la Banque centrale européenne poursuit son programme d’achats d’actifs au-delà de mars 2017 ; avec les négociations sur le Brexit à venir, la Banque d’Angleterre devrait maintenir le statu quo.

Quels sont les principaux risques ?

Une croissance mondiale qui ne repart pas et ses répercussions sur l’emploi, un changement significatif de politique économique aux Etats-Unis, une nouvelle crise en Europe liée au Brexit, les élections en Europe, la montée du populisme... Sans oublier les risques géopolitiques que nos clients intègrent dans la construction de leurs portefeuilles avec la mise en place de stratégies de couverture visant à s’en prémunir, voire les éliminer.

Dans ce contexte, quelle allocation d’actifs préconisez-vous ?

A la suite des élections américaines, nous avons procédé à la réduction du risque global et modifié certaines expositions. Même si le cycle économique américain semblait à bout de souffle, il y avait une forte probabilité d’avoir une extension de ce cycle en raison d’un repricing (réévaluation) des anticipations de croissance, d’inflation, des profits… Un retour vers les actions et les obligations d’entreprises américaines a donc été opéré. Avec une réserve pour ces dernières qui, du fait d’être très endettées, sont très sensibles à la hausse des taux longs. Dans le même temps, nous avons fait preuve de prudence sur les marchés émergents en allégeant nos positions.
Cette allocation devrait toutefois évoluer en cours d’année. Il nous semble que les hausses de taux longs ne dureront pas. De même, la croissance américaine n’ira pas vers un nouveau cycle de hausse. Par conséquent, notre allocation-cible mise sur un retour vers les obligations souveraines américaines et les actions européennes. Mais surtout, nous nous repositionnerons sur les actifs émergents (actions, devises et dettes en monnaies locales), une manière de remettre du risque dans nos portefeuilles.

Quels thèmes d’investissement vous semblent particulièrement porteurs ?

Nous jouons le rebond des financières en raison de la remontée des taux longs et des valeurs cycliques comme le secteur automobile. Mais aussi des valeurs domestiques c’est-à-dire des entreprises qui produisent aux Etats-Unis, notamment via les petites et moyennes capitalisations. Nous avons également augmenté nos investissements dans les actifs réels, comme les infrastructures et l’immobilier, afin de capter la prime d’illiquidité et de bénéficier du développement de ces marchés. C’est notamment le cas de la dette privée qui, en outre, est avec les émergents un oasis de rendement dans le désert de taux bas. Avec la désintermédiation bancaire, ce marché enregistre un très fort développement. C’est une vraie tendance de long terme. Une autre caractéristique de nos portefeuilles a été de rebâtir des positions sur les obligations indexées sur l’inflation : une classe d’actifs largement délaissée depuis plusieurs années, et intéressantes dans le contexte actuel de remontée des anticipations d’inflation.